[Interm] Ca s'est passé au festival d'Avignon cette année

mb m.brielle at libertysurf.fr
Wed Aug 27 16:18:51 CEST 2008


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De :	muriel pelca 
Envoyé le :	Wed, 27 Aug 2008 14:07:54 +0200
Objet :	                    [Annexistants] Fwd: [Fwd: Fw: [ATTAC81] Ca s'est passé au     
                               festival d'Avignon cette année]

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> De : "Jack & Eva" 
> Date : 25 août 2008 13:58:54 HAEC
> À : "chris c" 
> Objet : Fw: [ATTAC81] Ca s'est passé au festival d'Avignon cette année


 Je m´appelle Patrick Mohr.

 Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève.

 Je suis acteur, metteur en scène et auteur.

A Genève je dirige une compagnie, le théâtre Spirale, je co-dirige le théâtre de la 
Parfumerie et m´occupe également du festival « De  bouche à oreille.  

Dans le cadre de mes activités artistiques, je viens régulièrement au festival d´Avignon 
pour y découvrir des spectacles du « in » et du  « off ». Notre compagnie s´y est 
d´ailleurs produite à trois reprises. Cette année, je suis arrivé dans la région depuis 
le 10 juillet et j´ai assisté à de nombreux spectacles.  

Le Lundi 21 juillet, je sors avec mon amie, ma fille et trois de ses camarades d´une 
représentation d´une pièce très dure sur la guerre en ex-Yougoslavie et nous prenons le 
frais à l´ombre du Palais des Papes, en assistant avec plaisir à un spectacle donné par 
un couple  d´acrobates.  

A la fin de leur numéro, je m´avance pour mettre une pièce dans leur chapeau lorsque 
j´entends le son d´un Djembé (tambour africain)  derrière moi. Etant passionné par la 
culture africaine. (J´y ai monté plusieurs spectacles et ai eu l´occasion d´y faire des 
tournées.) Je m´apprête à écouter les musiciens. Le percussionniste est rejoint par un 
joueur de Kamele Ngoni. (Sorte de contrebasse surtout utilisée par les chasseurs en 
Afrique de l´Ouest.)  

A peine commencent-ils à jouer qu´un groupe de C.R.S se dirige vers  eux pour les 
interrompre et contrôler leur identité. Contrarié, je me  décide à intervenir. Ayant déjà 
subit des violences policières dans le même type de circonstances il y a une vingtaine 
d´année à Paris, je me suis adressé à eux avec calme et politesse. Le souvenir de ma 
précédente mésaventure bien en tête. Mais je me suis dit que j´étais plus âgé,  que l´on 
se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie et que j´avais 
le droit de m´exprimer face à ce qui me semblait une injustice. J´aborde donc un des 
C.R.S et lui demande :  

« Pourquoi contrôler vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent 
sur la place? » Réponse immédiate.  

« Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regardes!  

« Justement ça me regarde. Je trouve votre attitude discriminatoire. »  

Regard incrédule. « Tes papiers ! »  

« Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture. »  

« Mets-lui les menottes ! »  

« Mais vous n´avez pas le droit de... »  

Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres.  

« Tu vas voir si on n´a pas le droit.»  

Et brusquement la scène a dérapé.  

Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon amie, ma fille, ses camarades 
et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé choqués alors qu´ils me projetaient 
au sol, me plaquaient la  tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces les 
bras en  arrière comme un poulet désarticulé et m´enfilaient des menottes. Les bras  dans 
le dos, ils m´ont relevé et m´ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte 
gauche m´a tordu le poignet et a pénétré  profondément mes chairs. J´ai hurlé :  

« Vous n´avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras ! »  

« Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos !  Sur le ventre ! Sur le 
dos je te dis, plus vite, arrête de gémir ! »  

Et ils me frottent la tête contre les pavés me tordent et me frappent, me traînent, me re-
plaquent à terre.  

La foule horrifiée s´écarte sur notre passage. Mon amie essaie de me venir en aide et se 
fait violemment repousser. Des gens s´indignent, sifflent, mais personne n´ose 
interrompre cette interpellation d´une violence inouïe. Je suis traîné au sol et malmené 
jusqu´à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l´horloge 500 m . plus  bas. Là. 
Ils me jettent dans le véhicule, je tente de m´asseoir et le plus  grand de mes 
agresseurs (je ne peux pas les appeler autrement), me donne un coup pour me faire tomber 
entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l´autre sur la 
cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer.  

« S´il vous plait, n´appuyez pas comme ça, vous me coupez la  circulation. »  

« C´est pour ma sécurité. »  

Et toute leur compagnie de rire de ce bon mot. Jusqu´au  commissariat de St Roch  

Le trajet est court mais il me semble interminable. Tout mon corps est meurtri, j´ai 
l´impression d´avoir le poignet brisé, les épaules démises, je mange la poussière.  

On m´extrait du fourgon toujours avec autant de délicatesse.  

Je vous passe les détails de l´interrogatoire que j´ai subi dans un  état lamentable.  

Je me souviens seulement du maquillage bleu sur les paupières de la femme qui posait les 
questions.  

« Vous êtes de quelle nationalité ? » « Suisse. »  

« Vous êtes un sacré fouteur de merde »  

« Vous n´avez pas le droit de m´insulter »  

« C´est pas une insulte, la merde » (Petit rire.)  

C´est fou comme la mémoire fonctionne bien quand on subit de pareilles agressions.  

Toutes les paroles, tout les détails de cette arrestation et de ma  garde à vue resterons 
gravés à vie dans mes souvenirs, comme la douleur des coups subits dans ma chair.  

Je remarque que l´on me vouvoie depuis que je ne suis plus entre les griffes des CRS.  

Mais la violence physique a seulement fait place au mépris et à une forme d´inhumanité 
plus sournoise. Je demande que l´on m´ôte les menottes qui m´ont douloureusement entaillé 
les poignets et que l´on appelle un docteur. On me dit de cesser de pleurnicher et que 
j´aurais mieux fait de réfléchir avant de faire un scandale. Je tente de protester, on me 
coupe immédiatement la parole. Je comprends qu´ici on ne peut pas s´exprimer librement. 
Ils font volontairement traîner  avant de m´enlever les menottes. Font semblant de ne pas 
trouver les  clés. Je ne sens plus ma main droite.  

Fouille intégrale. On me retire ce que j´ai, bref inventaire, le tout est mis dans une 
petite boîte.  

« Enlevez vos vêtements ! » J´ai tellement mal que je n´y arrive  presque pas.  

« Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d´oreille ! »  

J´essaye de l´ôter sans y parvenir.  

« Je ne l´ai pas enlevée depuis des années. Elle n´a plus de  fermoir. »  

« Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l´enlever,  c´est tout ! »  

Je force en tirant sur le lob de l´oreille, la boucle lâche. « Baissez la culotte ! » Je 
m´exécute. Après la fouille ils m´amènent dans une petite cellule de garde à vue. 4m de 
long par 2m de large. Une petite couchette beige vissée au mur.  

Les parois sont taguées, grattées par les inscriptions griffonnées à la hâte par les 
détenus de passage. Au briquet ou gravé avec les ongles dans le crépis. Momo de Monclar, 
Ibrahim, Rachid...... chacun laisse sa   marque. 
L´attente commence. Pas d´eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour 
faire désenfler mon bras. Les murs et le sol sont  souillés de tâches de sang, d´urine et 
d´excréments. Un méchant néon est allumé en permanence. Le temps s´étire. Rien ici qui 
permette de  distinguer le jour de la nuit. La douleur lancinante m´empêche de dormir. 
J´ai l´impression d´avoir le coeur qui pulse dans ma main. D´ailleurs alors que j´écris 
ces lignes une semaine plus tard, je ne parviens toujours pas à dormir normalement.  

J´écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon  sort. Je suis 
malheureusement bien conscient que ce qui m´est arrivé est tristement banal, que 
plusieurs fois par jours et par nuits dans  chaque ville de France des dizaines de 
personnes subissent des traitements  bien pires que ce que j´ai enduré. Je sais aussi que 
si j´étais noir ou  arabe je me serais fait cogner avec encore moins de retenue. C´est 
pour cela que j´écris et porte plainte. Car j´estime que dans la police  française et 
dans les CRS en particulier il existe de dangereux individus qui  sous le couvert de 
l´uniforme laissent libre cour à leurs plus bas  instincts.  

(Evidement il y a aussi des arrestations justifiées, et la police ne fait pas que des 
interventions abusives. Mais je parle des dérapages qui me semblent beaucoup trop 
fréquents.)  

Que ces dangers publics sévissent en toute impunité au sein d´un service public qui 
serait censé protéger les citoyens est inadmissible dans un état de droit.  

J´ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu´un de profondément non violent, par 
conviction, ce type de mésaventure me renforce encore  dans mes convictions, mais si je 
ne disposais pas des outils pour  analyser la situation je pourrais aisément basculer 
dans la violence et l´envie de vengeance. Je suis persuadé que ce type d´action de la 
police  nationale visant à instaurer la peur ne fait qu´augmenter l´insécurité en France 
et stimuler la suspicion et la haine d´une partie de la population  (Des jeunes en 
particulier.) face à la Police. En polarisant ainsi la population on crée une tension 
perpétuelle extrêmement perverse.  

Comme je suis un homme de culture et de communication je réponds à  cette violence avec 
mes armes. L´écriture et la parole. Durant les 16h qu´a duré ma détention. (Avec les 
nouvelles lois, on aurait même pu me  garder 48h en garde à vue.) Je n´ai vu dans les 
cellules que des gens  d´origine africaine et des gitans. Nous étions tous traité avec un 
mépris hallucinant. Un exemple, mon voisin de cellule avait besoin d´aller  aux 
toilettes. Il appelait sans relâche depuis près d´une demi heure, personne ne venait. Il 
c´est mit à taper contre la porte pour se faire entendre, personne. Il cognait de plus en 
plus fort, finalement un gardien exaspéré surgit. »Qu´est ce qu´il y a ? » « J´ai besoin  
d´aller aux chiottes. » « Y a une coupure d´eau. » Mais j´ai besoin. » « Y  a pas d´eau 
dans tout le commissariat, alors tu te la coince pigé. »  

Mon voisin qui n´est pas seul dans sa cellule continue de se plaindre, disant qu´il est 
malade, qu´il va faire ses besoins dans la cellule.  

« Si tu fais ça on te fait essuyer avec ton t-shirt. »  

Les coups redoublent. Une voix féminine lance d´un air moqueur. «  Vas-y avec la tête 
pendant que tu y es. Ca nous en fera un de moins. »  Eclats de rire dans le couloir comme 
si elle avait fait une bonne  plaisanterie.  

Après une nuit blanche vers 9h du matin on vient me chercher pour prendre mon empreinte 
et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. La dame 
qui s´occupe de cela est la première personne qui me parle avec humanité et un peu de 
compassion depuis le début de ce cauchemar. « Hee bien, ils vous ont pas raté. C´est les 
CRS, ha bien sur. Faut dire qu´on a aussi des sacrés cas sociaux chez nous. Mais ils sont 
pas tous comme ça. »  

J´aimerais la croire.  

Un officier vient me chercher pour que je dépose ma version des  faits et me faire 
connaître celle de ceux qui m´ont interpellé. J´apprends  que je suis poursuivi pour : 
outrage, incitation à l´émeute et violence  envers des dépositaires de l´autorité 
publique. C´est vraiment le comble. Je les aurais soi disant agressés verbalement et 
physiquement. Comment  ces fonctionnaires assermentés peuvent ils mentir aussi éhontement 
? Je raconte ma version des faits à l´officier. Je sens que sans vouloir l´admettre 
devant moi, il se rend compte qu´ils ont commis une  gaffe. Ma déposition est transmise 
au procureur et vers midi je suis finalement libéré. J´erre dans la ville comme un boxeur 
sonné. Je marche péniblement. Un mistral à décorner les boeufs souffle sur la ville. Je 
trouve un avocat qui me dit d´aller tout de suite à l´hôpital faire un constat médical. 
Je marche longuement pour parvenir aux urgences ou je patiente plus de 4 heures pour 
recevoir des soins hâtifs. Dans la  salle d´attente, je lis un journal qui m´apprend que 
le gouvernement veut supprimer 200 hôpitaux dans le pays, on parle de couper 6000 emplois 
dans l´éducation. Sur la façade du commissariat de St Roch j´ai pu  lire qu´il allait 
être rénové pour 19 millions d´Euros. Les budgets de la sécurité sont à la hausse, on 
diminue la santé, le social et l´éducation. Pas de commentaires.  

Je n´écris pas ces lignes pour me faire mousser, mais pour clamer mon indignation face à 
un système qui tolère ce type de violence. Sans  doute suis-je naïf de m´indigner. La 
plupart des Français auxquels j´ai raconté cette histoire ne semblaient pas du tout 
surpris, et avaient connaissance de nombreuses anecdotes du genre. Cela me semble 
d´autant plus choquant. Ma naïveté, je la revendique, comme je revendique le droit de 
m´indigner face à l´injustice. Même si cela peut paraître de petites injustices. C´est la 
somme de nos petits silences et de nos petites lâchetés qui peut conduire à une démission 
collective et en dernier recours aux pires systèmes totalitaires. (Nous n´en sommes  bien 
évidement heureusement pas encore là.) Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la 
place de papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins qui ont accepté 
d´écrire leur version des faits  qui corroborent tous ce que j´ai dis. Ils certifient 
tous que je n´ai proféré aucunes insultes ni n´ai commis aucune violence. Les  
témoignages soulignent l´incroyable brutalité de l´intervention des CRS et la  totale 
disproportion de leur réaction face à mon intervention. J´ai essayé de retrouver des 
images des faits, mais malheureusement les caméras qui surveillent la place sont gérées 
par la police et, comme par hasard elles sont en panne depuis début juillet. Il y avait 
des centaines de personnes sur la place qui auraient pu témoigner, mais le temps de 
sortir de garde à vue, de me faire soigner et de récupérer  suffisamment d´énergie pour 
pouvoir tenter de les retrouver. Je n´ai pu en  rassembler qu´une douzaine. J´espère 
toujours que peut être quelqu´un ait photographié ou même filmé la scène et que je 
parvienne à récupérer  ces images qui prouveraient de manière définitive ce qui c´est 
passé.  

Après 5 jours soudain, un monsieur africain m´a abordé, c´était  l´un des musiciens qui 
avait été interpellé. Il était tout content de me retrouver car il me cherchait depuis 
plusieurs jours. Il se sentait  mal de n´avoir rien pu faire et de ne pas avoir pu me 
remercier d´être intervenu en leur faveur. Il était profondément touché et surpris par 
mon intervention et m´a dit qu´il habitait Grenoble, qu´il avait 3 enfants et qu´il était 
français. Qu´il viendrait témoigner pour moi. Qu´il s´appelait Moussa Sanou.  

« Sanou , c´est un nom de l´ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo- Dioulasso ? » « Oui. » Nous 
nous sommes sourit et je l´ai salué dans sa langue en  Dioula.  

Il se trouve que je vais justement créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au 
Burkina-faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l´auteur Mozambicain Mia 
Couto s´appellera « Chaque homme est une race » et un des artistes avec lequel je vais 
collaborer se nomme justement Sanou.  

Coïncidence ? Je ne crois pas.  

Je suis content d´avoir défendu un ami, même si je ne le  connaissais pas encore. 

La pièce commence par ce dialogue prémonitoire. Quand on lui demanda de quelle race il 
était, il répondit : « Ma race c´est moi. »  

Invité à s´expliquer il ajouta  

« Ma race c´est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité.  

Chaque homme est une race, monsieur le policier. »  

> Patrick Mohr 28 juillet 2008




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